Dans quel­ques hadîths on voit Moham­med faire lapi­der des per­son­nes ayant com­mis l’adul­tère. Il fit même lapi­der des juifs en leur impo­sant une lec­ture rigo­riste de leurs pro­pres tex­tes qu’eux-mêmes ne vou­laient pas appli­quer[1]. « Le Pro­phète ordonna de lapi­der les deux cou­pa­bles [juifs] ce qui fut fait ; et je vis l’homme cher­chant à pré­ser­ver la femme de pier­res »[2].

Sur la scène inter­na­tio­nale, régu­liè­re­ment des his­toi­res de lapi­da­tions (très peu heu­reu­se­ment) sont rap­por­tées. Lorsqu’un imam en Suisse défend publi­que­ment cette lapi­da­tion, cela sus­cite des réac­tions légi­ti­mes d’indi­gna­tion. Et cela d’autant plus que Jésus face à une situa­tion simi­laire a eu une réac­tion fort dif­fé­rente (cf. Evan­gile de Jean 8/7)[3].

Ques­tion : Dans ce hadîth, Moham­med s’est ingéré comme juge dans la légis­la­tion d’une autre com­mu­nauté que la sienne, à savoir ici celle des juifs de son temps. Les res­pon­sa­bles des cen­tres isla­mi­ques peu­vent-ils d’une voix com­mune affir­mer aujourd’hui aux Suis­ses (et aux Euro­péens) que cette lapi­da­tion est une réa­lité à ban­nir (et pas seu­le­ment une réa­lité sur laquelle il faut deman­der « un mora­toire »), et cela, même si cette lapi­da­tion est pres­crite dans les tex­tes fon­da­teurs de l’islam ? Et sont-ils prêts à recon­naî­tre que toute ingé­rence musul­mane dans une légis­la­tion autre que la leur est doré­na­vant à exclure ?

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» II.6. L’homme et la femme

Notes

[1] Sur ce sujet, cf. mon arti­cle « Les reli­gions : cau­ses de vio­lence ou fac­teurs de paix ? » in Daniel Mar­gue­rat, Dieu est-il vio­lent ?, Paris, Bayard, 2008, p. 211-214. J’y pré­sente notam­ment les écrits de Hani et de Tariq Rama­dan sur ce sujet. Lors­que celui-ci affirme que « Muham­med cher­chait tou­jours à évi­ter l’appli­ca­tion des pei­nes » (Jac­ques Nei­rynck et Tariq Rama­dan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Lau­sanne, Favre, 1999, p. 105-107), cela est tout sim­ple­ment faux. Dans le hadith cité, les juifs ne vou­laient pas lapi­der les leurs sur­pris en état d’adul­tère et c’est Moham­med qui a imposé une lec­ture lit­té­rale de la Torah. Par désir de mon­trer un beau visage de l’islam, et en tai­sant ces obs­cu­ri­tés, une ana­lyse « idéa­li­sante » crée mal­heu­reu­se­ment plus de méfiance que de con­fiance.

[2] El-Bokhâri, Les tra­di­tions isla­mi­ques, Paris, Ed. Mai­son­neuse, tome 4, Titre 97, chp LI, p. 644-645.

[3] Même si dans la pra­ti­que les « pays chré­tiens » ont pu, dans le passé, eux aussi être vio­lents à l’égard des per­son­nes ayant com­mis un adul­tère (coups de fouet, empri­son­ne­ment, ban­nis­se­ment…) expri­mant un com­por­te­ment très peu fidèle à l’ensei­gne­ment de Jésus !