Avertissement
Poser des questions aux musulmans (aux responsables des Centres islamiques et aux fidèles) sur les violences de leurs textes (et de certaines pratiques), ce n’est pas les placer devant un tribunal. Car eux aussi ont le droit de nous poser leurs propres questions difficiles sur nos violences ! Et celles-ci sont certainement tout aussi nombreuses !
Mise en perspective
Toute tradition (religieuse ou non) a ses lumières et ses obscurités[1]. La tradition chrétienne a été violente dans le passé, peut-être plus que n’importe quelle autre. Et elle continue directement ou indirectement parfois à l’être (par exemple en échouant à convaincre des Etats à cesser d’exporter ses armes vers des dictatures, ou en étant incapable de limiter l’avidité de conquête de certains gouvernements ou de certaines multinationales). Elle a dû apprendre à rejeter ce qui, en son sein, a justifié un antijudaïsme meurtrier, les Croisades, la destruction d’autres cultures. Elle a dû apprendre aussi à refuser toute connivence avec un gouvernement voulant se servir d’elle pour justifier ses conquêtes politiques, militaires ou économiques. Ce fut un long travail, et il n’est jamais achevé.
Chaque tradition (religieuse ou non) doit faire ce travail d’épuration intérieure. Cela concerne aussi bien les chrétiens, les juifs, les hindous, les bouddhistes, les athées… que les musulmans. Personne d’entre nous n’a choisi ce qui se trouve dans les textes fondateurs de sa religion (Torah, Coran, Bible, Bhagavad Gîtâ…). Mais nous avons tous la liberté et la responsabilité de limiter les effets négatifs d’une lecture littérale (ou traditionaliste) des textes problématiques qui s’y trouvent.
Lumières et obscurités au sein de l’islam
Dans le Coran et la Sunnah (somme des dires et actes de Mohammed permettant d’interpréter le Coran), il y a de très beaux textes[2]. La tradition musulmane est porteuse de belles réalisations (religieuses, mystiques, scientifiques, architecturales…)[3]. Et les musulmans peuvent être fiers de ces réalisations. A travers les siècles en effet, la civilisation musulmane a souvent brillé de manière peu commune. On peut rappeler ici le rayonnement de Bagdad, notamment sous l’impulsion du calife al Ma’mun (786-833) et sa création de l’académie bayt al-hikma ou « maison de la sagesse » dans laquelle les oeuvres des Grecs furent traduites et commentées avec compétence ; celui de Cordoue, capitale de l’Andalousie et occupée par les musulmans de 711 à 1236 qui abrita des géants de la pensée et de la mystique tels Ibn Rushd (Averroès, 1126-1198) ou Ibn Arabi (1165-1240) ; celui de Fatehpur Sikri où le souverain Akhbar (1542- 1605) fonda l’ibadet khane, « la maison d’adoration », où musulmans, hindous, chrétiens et juifs étaient appelés à se rencontrer et à débattre.
A partir de cette confiance rétablie et reconnue, il est possible aux musulmans d’expliquer aux non musulmans comment ils comprennent et interprètent leurs textes problématiques (que parfois certains fidèles eux-mêmes ne connaissent pas). Il est primordial que les musulmans aussi, comme les fidèles d’autres traditions, se distancient clairement des paroles et actes de leur religion qui génèrent de la violence.
Quelques questions sur des textes qui font peur
Voici quelques textes qui font peur aux Suisses[4] et qui nécessitent des clarifications:
» II.1. « Celui qui change de religion, tuez-le »
» II.2. La Fatiha et le regard sur les autres traditions religieuses
» II.3. Pratique des châtiments corporels
» II.4. Débattre « de la manière la plus honnête » ?
» II.5. Lapidation et législation
» II.7. Les dhimmis, citoyens de seconde zone ?
» II.8. Mariages interreligieux
» II. Les textes difficiles de l’islam, conclusion
Notes
[1] Sur ce sujet, cf. mon article « Les religions : causes de violence ou facteurs de paix ? » in Daniel Marguerat, Dieu est-il violent ?, Paris, Bayard, 2008, p. 195-234. Cf. aussi Joseph Yacoub, Au nom de Dieu ! Les guerres de religion d’aujourd’hui et de demain, Jean-Claude Lattès, 2002 ; Michel Dousse, Dieu en guerre. La violence au cœur des trois monothéismes, Paris Albin Michel, 2002 ; Karen Armstrong, Le combat pour Dieu. Une histoire du fondamentalisme juif, chrétien et musulman (1492-2001), Paris, Seuil, 2005.
[2] Mon livre Le roi, le sage et le bouffon, diffusé dans des pays musulmans, présente plusieurs de ces beaux textes. Si je me permets aussi d’évoquer des textes obscurs de la tradition musulmane, je ne le fais pas en oubliant les textes lumineux. Par ailleurs, une partie de ma famille étant musulmane (ismaélienne), je connais toute la générosité et l’humanité dont ses membres sont capables.
[3] Un ouvrage classique présentant l’apport du monde arabe dans toutes sortes de disciplines (mathématiques, astronomie, médecine, architecture, musique, poésie…), est celui de Singrid Hunke, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, Paris, Albin Michel, 1963 ; cf. aussi de Marshall G.S. Hodgson, L’Islam dans l’histoire mondiale, Actes Sud, 1998. Pour une présentation classique de l’islam, cf. de Roger du Pasquier, Découverte de l’islam, Paris, Seuil, 1984. Pour un bon ouvrage de « passerelle » entre l’Occident et l’Islam, cf. de Xavière Remacle, Comprendre la culture arabo-musulmane, Bruxelles, Editions Vista, 2002.
[4] Je le répète : puisque le sujet est ici celui des minarets et de l’islam, je présente les textes « sombres » de cette religion. Le même travail pourrait être fait avec chaque religion. Et les musulmans sont bien sûr en droit de nous poser leurs propres questions ! Sur ce sujet aussi, cf. de Bruno Etienne, Islam, les questions qui fâchent, Paris, Bayard, 2003.

) pour le texte complet, avec l’intégralité des notes en bas de page.